Voilà, voilà ! Il est prêt le nouveau chapitre ! Cessez d’envoyer des messages impatients, vous allez saturer ma boîte (encore un mail le mois dernier !).
Résumé approximatif :
Alors qu’ils pensaient se la couler douce sous les cocotiers en compagnie de graciles autochtones, nos sympathiques héros se retrouvent embringués bien malgré eux dans des aventures aux péripéties nombreuses et aux rebondissements inattendus…
Chapitre 3 :
Le professeur Kurt Hilaire vom Baumgarten composa le code d’ouverture de la porte de la section 01 du laboratoire. Son corps faisant écran, Boyard et moi n’eûmes qu’une indication sonore de ce code, immédiatement retransmise par l’intermédiaire de nos micros aux membres de la Ligue regroupés à la ruche et suivant notre progression dans ses moindres détails. Cinq petits bips , tous exactement semblables… Comme le professeur avait composé le code à l’aide de sa main gauche, gantée, il ne fallait pas compter en apprendre plus en tentant d’effectuer un relevé d’empreintes… Les deux battants de la porte coulissèrent et s’escamotèrent dans l’épaisse cloison, nous laissant une vue d’ensemble de la section 01. Nous avions l’impression d’entrer dans une gigantesque serre, avec des portions occupées par une végétation luxuriante, d’autres au contraire où n’apparaissaient que des parcelles de terre nue sur lesquelles des arrosages automatiques distribuaient régulièrement un petit crachin, d’autres encore où l’on pouvaient deviner des plantes enveloppées dans des sacs plastique et accrochées à des tuteurs suspendus à un rail à quelques mètres de hauteur. Le ronron régulier d’un climatiseur provenait du fond du laboratoire.
Les deux battants se refermèrent derrière nous.
« Chers messieurs, pienfenue tans mon laporatoire,
Z’est izi gue che beux boursuivre mes dravaux
Che le tois pien à la zociété Tonsanto
Qui, tans mes recherches a placé peaucoup t’esboirs .
Laissez-moi fous brézenter mes teux assistants
Gui me zegondent efficacement guodidiennement. »
Le professeur nous conduisit dans un recoin de la serre où était installé un double pupitre sur une estrade. Deux hommes entièrement vêtus de verts ( bottes, combinaison, coiffe, masque et gants)s’affairaient sur le clavier de leur ordinateur en jetant des regards rapides à leur écran respectif.
« Ca doit être la green team… », pensai-je.
Le professeur fit rapidement les présentations :
« Che fous brézente Messieurs Pilkrim et Poyard,
En rebortache pour Mon Quotitien. Wunderbar !
Herr Karl-Otto Freiz, doktor ès phodozyndhèze
Assisté d’Harden Stonesch...
Certainement lassé de subir les alexandrins du professeur von Baumgarten, Boyard l’interrompit :
- Stonesch Harden ? Le digne successeur de Mandel qui a appliqué l’ensemble de ses travaux sur les pois chiches et les pois cassés ?
- Meuzieur Poyard, che zuis heureux te conzdader
Gue fous maîdrizez barfaidement le zuchet ! »
Les deux hommes levèrent rapidement les yeux de leur écran, nous firent un petit signe de tête, et reprirent immédiatement leur travail, pianotant avec rapidité sur leur clavier.
Il fallait bien avouer que la présence des sieurs Karl-Otto Freiz et Harden Stonesch dans l’équipe du professeur vom Baumgarten – et, qui plus est, sous les ordres de ce même professeur- changeait quelque peu la donne. Dès lors, il ne fallait plus considérer les recherches effectuées dans le labo 01 de Tonsanto comme les facéties d’un gugusse ou d’un original, les deux assistants donnaient un grand crédit au travail effectué…
La confirmation arriva d’ailleurs immédiatement dans nos oreillettes :
« Attention, les gars ! C’est du lourd ! Landr » nous prévint Sacchapus.
Presque simultanément, la voix chaude de mademoiselle Héjocko résonna dans le local de la section 01 :
« Le professeur vom Baumgarten est appelé d’urgence dans la section 04… Le professeur vom Baumgarten est appelé d’urgence dans la section 04… »
En même temps que cette nouvelle donnée venait compléter le puzzle de notre enquête – il y avait, au moins, 4 sections sous la gestion du professeur vom Baumgarten- je me perdis à nouveau en conjectures sur le prénom de la charmante secrétaire du professeur : Jiliane, Joëlla, Judicaëlle ?
Il me sembla que vom Baumgarten était contrarié par cette annonce, bien qu’il fit tout pour ne rien laisser paraître. Toutefois, une légère ride barrait son front et les traits de son visage masquaient difficilement une certaine contrariété. Certes, il avait bien précisé qu’il ne voulait pas être dérangé, mais ce devait être hautement important…
« Feuillez m’excuser bour ze bedit gondre-temps,
Mais che ne pense bas en afoir bour bien longtemps !
Profitez te ma kourte abzence pour fisiter
Surtout n’oupliez pas, restez tans les sallées ! »
Et très rapidement, le professeur vom Baumgarten nous laissa là, rejoignant rapidement une porte de communication vers le secteur suivant, dont il actionna l’ouverture en tapant le code.
Nous échangeâmes un regard avec Boyard et décidâmes de commencer la découverte des locaux en empruntant ce qui nous semblait être l’allée centrale, nous doutant bien que nos allées et venues seraient certainement épiées voire limitées par la « green team ». Ayant effectué discrètement un regard panoramique, Boyard me souffla :
« Il y a des caméras de surveillance adaptées sur les potences et sur les systèmes de brumisation à peu près tous les dix mètres : difficile de se rouler une cigarette sans voir débouler une caserne de pompiers dans les vingt secondes…
- Cessez donc de faire de l’esprit et commencer la visite, en marchant lentement et en regardant partout ! Drive ! » s’impatientait Sacchapus.
Nous avançames donc d’un pas tranquille dans l’allée. Apparemment, nous avions choisi une allée bordée de petites parcelles qui semblaient pour la plupart avoir été abandonnées depuis peu : on voyait que la terre, fine et bien noire, avait été fraîchement travaillée et dans d’autres parcelles, que des plantes avaient été arrachées. Rien de bien intéressant donc. Comme les deux savants sur leur clavier d’ordinateur ne faisaient pas mine de nous empêcher de continuer notre visite, nous avisâmes la fin de l’allée qui paraissait receler quelque chose à se mettre sous la dent : de grands sacs en plastique enveloppaient des formes verdâtres que l’on distinguait mal à cause de la condensation.
« Approchez-vous calmement de ces sacs et restez sur le qui-vive ! Dose ! » conseilla Sacchapus.
Arrivés à mi-distance de notre objectif, Boyard me souffla :
« J’aimerais quand même bien voir de plus près ce qu’il y a dans ces parcelles vides, et je ferai bien un petit prélèvement… »
Joignant le geste à la parole, il bifurqua sur la droite et pénétra sur une parcelle de terre fraîchement remuée, et se baissa pour prélever un échantillon du sol. Aussitôt, nous entendîmes la green team hurler :
« Nein !
- Achtung ! »
Traduction pour les non-germanophiles et/ou germanophones, afin qu’ils puissent profiter de l’intégralité du suspense insoutenable de la situation :
« Нет !
- Внимание ! »
Les deux savants semblaient paniqués et faisaient de grands gestes en vociférant en direction de Boyard, lui intimant de sortir dans les plus brefs délais. Comme je lui décrivais l’attitude des deux savants, Boyard me répondit simplement :
« Y vont quand même pas nous faire un caca nerveux pour quelques grammes de terre… »
Mais Karl-Otto Freiz et Harden Stonesch, peut-être trop occupés à leur tâche, ne faisaient pas mine d’accourir pour virer manu militari Boyard (qui ne devait attendre que ça, estimant certainement que l’enquête manquait d’action), mais continuaient cependant leurs gesticulations et leurs cris.
« Boyard, je crois qu’il faudrait que tu sortes…
- Tu vas pas me dire que ces deux singes sortis d’une parodie d’Urgences t’impressionnent ? J’ai presque fini… ». Boyard se releva, agita le tube-échantillon pour tasser la terre.
En fait, je me souciais peu des deux savants, mais j’avais observé un changement dans l’apparence du sol à quelques mètres de Boyard. La terre semblait vibrer et c’est comme un petit siphon qui se creusait, puis les vibrations se dirigèrent vers Boyard, à une vitesse incroyable. J’entrai à mon tour dans la parcelle, attrapai Boyard par les épaules et le ramenai vivement en arrière. Au même moment, une créature au corps de serpent avec des pattes de taupe bondit hors de terre, ouvrant une gueule béante en direction du visage de Boyard. Par chance, les mâchoires se refermèrent sur ses lunettes. Tout aussi rapidement, la bestiole disparut sous la terre…
« Le con, il m’a niqué mes Ray-Ban ! Séguéla va se foutre de moi… » remarqua laconiquement Boyard.
L’ennui, c’est que nous venions de perdre la liaison vidéo avec la ruche. Heureusement, il nous restait encore les oreillettes…
« Saperlipopette ! Qu’est-ce que c’était que ça ? » s’écria le chef.
Il fallait bien reconnaître que « ça » ne correspondait à aucune espèce connue sur terre. Les recherches sur les croisements génétiques du professeur Kurt-Hilaire vom Baumgarten, que l’on ne pensait qu’hypothétiques, étaient en fait bien réelles. Les dernières images envoyées par la micro-caméra intégrée à la monture de lunettes de Boyard permettraient sans doute d’en apprendre davantage…
« La chose mesure environ un mètre quatre-vingts, a un corps cylindrique d’une quinzaine de centimètres de diamètre recouvert de poils et pourvu de six pattes d’animal fouisseur, à l’instar de la taupe. La gueule ressemble étrangement à celle d’un serpent constricteur. Sa morphologie et ses pattes puissantes doivent lui permettre de se déplacer très rapidement tout en creusant des galeries. Evidemment, il s’agit d’un prédateur assez redoutable. Je vais chercher dans mon grenier, mais je ne pense pas trouver grand-chose… »
C’était Bishop qui venait de synthétiser les maigres connaissances que nous avions sur la bête .
Nous regardâmes à nouveau la parcelle de terre d’où venait d’apparaître l’étrange animal, mais tout était calme désormais.
« Il faudrait un appareil qui produise des vibrations, un peu comme le marteleur sur Arrakis pour dépister les vers géants. Au fait, merci, Pil, sans toi cette saleté aurait pu égratigner mon beau minois…
- A charge de revanche ! Si on s’approchait de ces grands sacs ? » proposai-je à Boyard.
Derrière nous, les deux assistants du professeur vom Baumgarten n’étaient pas calmés pour autant. Pendant que l’un s’activait sur un téléphone portable, l’autre tapait frénétiquement sur le clavier de son ordinateur. Une poignée de secondes plus tard, la parcelle où était apparue la bête était isolée du reste du secteur 01 par une grille au maillage très serré, qui empêcherait par exemple une bestiole de se faufiler au travers.
Nous étions presque arrivés à hauteur de ces mystérieux sacs, quand nous nous retrouvâmes nez à nez avec le professeur vom Baumgarten, surgi d’on ne savait où, et passablement affolé.
« Qu’avez-vous fait ? Pourquoi n’êtes-vous pas restés dans les allées ? »
Je jetai un rapide coup d’œil à Boyard : comme moi, il avait constaté que le professeur vom Baumgarten ne s’exprimait plus en alexandrins, et qu’en plus, il avait perdu son accent…
To be continued…
Bon sang ! Nos deux héros ne sont pas au bout de leurs surprises !
Quelles créatures vont-ils encore rencontrer ?
Comment expliquer le changement du professeur vom Baumgarten ?
Que cachent donc ces sacs ?
Le contact avec la ruche pourra-t-il être maintenu ?
Fera-t-il beau ce weekend ?
Qui sera le prochain actionnaire de l’OM ?
Une partie des réponses dans le chapitre 4 de la Ligue des Légionnaires Extraordinaires…















