Pilgrim

Pilgrim

Catégorie: Dans les coulisses

Jul 8
La Ligue des Légionnaires Extraordinaires : chapitre 3

Voilà, voilà ! Il est prêt le nouveau chapitre ! Cessez d’envoyer des messages impatients, vous allez saturer ma boîte (encore un mail le mois dernier !).

Résumé approximatif :

Alors qu’ils pensaient se la couler douce sous les cocotiers en compagnie de graciles autochtones, nos sympathiques héros se retrouvent embringués bien malgré eux dans des aventures aux péripéties nombreuses et aux rebondissements inattendus…

Chapitre 3 :

Le professeur Kurt Hilaire vom Baumgarten composa le code d’ouverture de la porte de la section 01 du laboratoire. Son corps faisant écran, Boyard et moi n’eûmes qu’une indication sonore de ce code, immédiatement retransmise par l’intermédiaire de nos micros aux membres de la Ligue regroupés à la ruche et suivant notre progression dans ses moindres détails. Cinq petits bips , tous exactement semblables… Comme le professeur avait composé le code à l’aide de sa main gauche, gantée, il ne fallait pas compter en apprendre plus en tentant d’effectuer un relevé d’empreintes… Les deux battants de la porte coulissèrent et s’escamotèrent dans l’épaisse cloison, nous laissant une vue d’ensemble de la section 01. Nous avions l’impression d’entrer dans une gigantesque serre, avec des portions occupées par une végétation luxuriante, d’autres au contraire où n’apparaissaient que des parcelles de terre nue sur lesquelles des arrosages automatiques distribuaient régulièrement un petit crachin, d’autres encore où l’on pouvaient deviner des plantes enveloppées dans des sacs plastique et accrochées à des tuteurs suspendus à un rail à quelques mètres de hauteur. Le ronron régulier d’un climatiseur provenait du fond du laboratoire.

Les deux battants se refermèrent derrière nous.

« Chers messieurs, pienfenue tans mon laporatoire,
Z’est izi gue che beux boursuivre mes dravaux
Che le tois pien à la zociété Tonsanto
Qui, tans mes recherches a placé peaucoup t’esboirs .
Laissez-moi fous brézenter mes teux assistants
Gui me zegondent efficacement guodidiennement. »

Le professeur nous conduisit dans un recoin de la serre où était installé un double pupitre sur une estrade. Deux hommes entièrement vêtus de verts ( bottes, combinaison, coiffe, masque et gants)s’affairaient sur le clavier de leur ordinateur en jetant des regards rapides à leur écran respectif.
« Ca doit être la green team… », pensai-je.
Le professeur fit rapidement les présentations :
« Che fous brézente Messieurs Pilkrim et Poyard,
En rebortache pour Mon Quotitien. Wunderbar !
Herr Karl-Otto Freiz, doktor ès phodozyndhèze
Assisté d’Harden Stonesch...

Certainement lassé de subir les alexandrins du professeur von Baumgarten, Boyard l’interrompit :

- Stonesch Harden ? Le digne successeur de Mandel qui a appliqué l’ensemble de ses travaux sur les pois chiches et les pois cassés ?
- Meuzieur Poyard, che zuis heureux te conzdader
Gue fous maîdrizez barfaidement le zuchet ! »
Les deux hommes levèrent rapidement les yeux de leur écran, nous firent un petit signe de tête, et reprirent immédiatement leur travail, pianotant avec rapidité sur leur clavier.

Il fallait bien avouer que la présence des sieurs Karl-Otto Freiz et Harden Stonesch dans l’équipe du professeur vom Baumgarten – et, qui plus est, sous les ordres de ce même professeur- changeait quelque peu la donne. Dès lors, il ne fallait plus considérer les recherches effectuées dans le labo 01 de Tonsanto comme les facéties d’un gugusse ou d’un original, les deux assistants donnaient un grand crédit au travail effectué…

La confirmation arriva d’ailleurs immédiatement dans nos oreillettes :
« Attention, les gars ! C’est du lourd ! Landr » nous prévint Sacchapus.

Presque simultanément, la voix chaude de mademoiselle Héjocko résonna dans le local de la section 01 :
« Le professeur vom Baumgarten est appelé d’urgence dans la section 04… Le professeur vom Baumgarten est appelé d’urgence dans la section 04… »
En même temps que cette nouvelle donnée venait compléter le puzzle de notre enquête – il y avait, au moins, 4 sections sous la gestion du professeur vom Baumgarten- je me perdis à nouveau en conjectures sur le prénom de la charmante secrétaire du professeur : Jiliane, Joëlla, Judicaëlle ?

Il me sembla que vom Baumgarten était contrarié par cette annonce, bien qu’il fit tout pour ne rien laisser paraître. Toutefois, une légère ride barrait son front et les traits de son visage masquaient difficilement une certaine contrariété. Certes, il avait bien précisé qu’il ne voulait pas être dérangé, mais ce devait être hautement important…
« Feuillez m’excuser bour ze bedit gondre-temps,
Mais che ne pense bas en afoir bour bien longtemps !
Profitez te ma kourte abzence pour fisiter
Surtout n’oupliez pas, restez tans les sallées ! »

Et très rapidement, le professeur vom Baumgarten nous laissa là, rejoignant rapidement une porte de communication vers le secteur suivant, dont il actionna l’ouverture en tapant le code.
Nous échangeâmes un regard avec Boyard et décidâmes de commencer la découverte des locaux en empruntant ce qui nous semblait être l’allée centrale, nous doutant bien que nos allées et venues seraient certainement épiées voire limitées par la « green team ». Ayant effectué discrètement un regard panoramique, Boyard me souffla :
« Il y a des caméras de surveillance adaptées sur les potences et sur les systèmes de brumisation à peu près tous les dix mètres : difficile de se rouler une cigarette sans voir débouler une caserne de pompiers dans les vingt secondes…
- Cessez donc de faire de l’esprit et commencer la visite, en marchant lentement et en regardant partout ! Drive ! » s’impatientait Sacchapus.

Nous avançames donc d’un pas tranquille dans l’allée. Apparemment, nous avions choisi une allée bordée de petites parcelles qui semblaient pour la plupart avoir été abandonnées depuis peu : on voyait que la terre, fine et bien noire, avait été fraîchement travaillée et dans d’autres parcelles, que des plantes avaient été arrachées. Rien de bien intéressant donc. Comme les deux savants sur leur clavier d’ordinateur ne faisaient pas mine de nous empêcher de continuer notre visite, nous avisâmes la fin de l’allée qui paraissait receler quelque chose à se mettre sous la dent : de grands sacs en plastique enveloppaient des formes verdâtres que l’on distinguait mal à cause de la condensation.
« Approchez-vous calmement de ces sacs et restez sur le qui-vive ! Dose ! » conseilla Sacchapus.

Arrivés à mi-distance de notre objectif, Boyard me souffla :
« J’aimerais quand même bien voir de plus près ce qu’il y a dans ces parcelles vides, et je ferai bien un petit prélèvement… »
Joignant le geste à la parole, il bifurqua sur la droite et pénétra sur une parcelle de terre fraîchement remuée, et se baissa pour prélever un échantillon du sol. Aussitôt, nous entendîmes la green team hurler :
« Nein !
- Achtung ! »
Traduction pour les non-germanophiles et/ou germanophones, afin qu’ils puissent profiter de l’intégralité du suspense insoutenable de la situation :
« Нет !
- Внимание ! »
Les deux savants semblaient paniqués et faisaient de grands gestes en vociférant en direction de Boyard, lui intimant de sortir dans les plus brefs délais. Comme je lui décrivais l’attitude des deux savants, Boyard me répondit simplement :
« Y vont quand même pas nous faire un caca nerveux pour quelques grammes de terre… »
Mais Karl-Otto Freiz et Harden Stonesch, peut-être trop occupés à leur tâche, ne faisaient pas mine d’accourir pour virer manu militari Boyard (qui ne devait attendre que ça, estimant certainement que l’enquête manquait d’action), mais continuaient cependant leurs gesticulations et leurs cris.
« Boyard, je crois qu’il faudrait que tu sortes…
- Tu vas pas me dire que ces deux singes sortis d’une parodie d’Urgences t’impressionnent ? J’ai presque fini… ». Boyard se releva, agita le tube-échantillon pour tasser la terre.
En fait, je me souciais peu des deux savants, mais j’avais observé un changement dans l’apparence du sol à quelques mètres de Boyard. La terre semblait vibrer et c’est comme un petit siphon qui se creusait, puis les vibrations se dirigèrent vers Boyard, à une vitesse incroyable. J’entrai à mon tour dans la parcelle, attrapai Boyard par les épaules et le ramenai vivement en arrière. Au même moment, une créature au corps de serpent avec des pattes de taupe bondit hors de terre, ouvrant une gueule béante en direction du visage de Boyard. Par chance, les mâchoires se refermèrent sur ses lunettes. Tout aussi rapidement, la bestiole disparut sous la terre…
« Le con, il m’a niqué mes Ray-Ban ! Séguéla va se foutre de moi… » remarqua laconiquement Boyard.
L’ennui, c’est que nous venions de perdre la liaison vidéo avec la ruche. Heureusement, il nous restait encore les oreillettes…
« Saperlipopette ! Qu’est-ce que c’était que ça ? » s’écria le chef.
Il fallait bien reconnaître que « ça » ne correspondait à aucune espèce connue sur terre. Les recherches sur les croisements génétiques du professeur Kurt-Hilaire vom Baumgarten, que l’on ne pensait qu’hypothétiques, étaient en fait bien réelles. Les dernières images envoyées par la micro-caméra intégrée à la monture de lunettes de Boyard permettraient sans doute d’en apprendre davantage…
« La chose mesure environ un mètre quatre-vingts, a un corps cylindrique d’une quinzaine de centimètres de diamètre recouvert de poils et pourvu de six pattes d’animal fouisseur, à l’instar de la taupe. La gueule ressemble étrangement à celle d’un serpent constricteur. Sa morphologie et ses pattes puissantes doivent lui permettre de se déplacer très rapidement tout en creusant des galeries. Evidemment, il s’agit d’un prédateur assez redoutable. Je vais chercher dans mon grenier, mais je ne pense pas trouver grand-chose… »

C’était Bishop qui venait de synthétiser les maigres connaissances que nous avions sur la bête .
Nous regardâmes à nouveau la parcelle de terre d’où venait d’apparaître l’étrange animal, mais tout était calme désormais.
« Il faudrait un appareil qui produise des vibrations, un peu comme le marteleur sur Arrakis pour dépister les vers géants. Au fait, merci, Pil, sans toi cette saleté aurait pu égratigner mon beau minois…
- A charge de revanche ! Si on s’approchait de ces grands sacs ? » proposai-je à Boyard.

Derrière nous, les deux assistants du professeur vom Baumgarten n’étaient pas calmés pour autant. Pendant que l’un s’activait sur un téléphone portable, l’autre tapait frénétiquement sur le clavier de son ordinateur. Une poignée de secondes plus tard, la parcelle où était apparue la bête était isolée du reste du secteur 01 par une grille au maillage très serré, qui empêcherait par exemple une bestiole de se faufiler au travers.

Nous étions presque arrivés à hauteur de ces mystérieux sacs, quand nous nous retrouvâmes nez à nez avec le professeur vom Baumgarten, surgi d’on ne savait où, et passablement affolé.
« Qu’avez-vous fait ? Pourquoi n’êtes-vous pas restés dans les allées ? »
Je jetai un rapide coup d’œil à Boyard : comme moi, il avait constaté que le professeur vom Baumgarten ne s’exprimait plus en alexandrins, et qu’en plus, il avait perdu son accent…

To be continued…

Bon sang ! Nos deux héros ne sont pas au bout de leurs surprises !
Quelles créatures vont-ils encore rencontrer ?
Comment expliquer le changement du professeur vom Baumgarten ?
Que cachent donc ces sacs ?
Le contact avec la ruche pourra-t-il être maintenu ?
Fera-t-il beau ce weekend ?
Qui sera le prochain actionnaire de l’OM ?

Une partie des réponses dans le chapitre 4 de la Ligue des Légionnaires Extraordinaires…

Mai 9
La Ligue des Légionnaires Extraordinaires : chapitre 2

Avertissements :

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne serait pas fortuite.
Pour tout litige relatif à la parution de ce chapitre, seul sera déclaré compétent Maître Junker (contact sur labrute.fr). En cas d’indisponibilité, la compétence est transférée à son associé, Maître Kanter.
Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré, entre les repas, devant la télé ou en lisant cet article.

Rappel :

On peut découvrir le premier chapitre ici :

http://blogs.monlegionnaire.com/index.php?blog=34&title=la_ligue_des_legionnaires_extraordinaire_1&more=1&c=1&tb=1&pb=1

Chapitre 2 :

Le rendez-vous avec le professeur Kurt Hilaire vom Baumgarten était fixé en début d’après-midi. Nous avions donc, Boyard et moi, le temps suffisant pour peaufiner notre couverture.
Les cartes de reporters à « Mon Quotidien » étaient prêtes, nous avions en réserve quelques questions sensées être posées par des enfants pour « prendre la température », il restait à fignoler les derniers détails. Mrdoughnut nous installa une minuscule oreillette, indécelable sans un examen approfondi, tandis que le bouton supérieur de notre chemise faisait office de micro. Une caméra miniaturisée avait été intégrée dans la monture de lunettes de Boyard. Tout ce matériel venait bien évidemment en plus de notre panoplie de reporters-journalistes, au cas où nos appareils-photos, dictaphones, PDA et téléphones portables nous seraient confisqués.

Bishop nous avait concocté un petit topo assez précis sur le professeur Kurt Hilaire vom Baumgarten. Né en Rhénanie du Nord-Westphalie dans le début des années 50, il avait suivi une scolarité assez brillante notamment dans toutes les matières scientifiques. Fréquentant ensuite l’université de Bonn, il fut inscrit en mathématiques et sciences naturelles ainsi qu’en agronomie et obtint tous ses diplômes avec mention. Il s’intéressa également de près à la génétique, mais ses écrits et ses premiers travaux, plus qu’avant-gardistes et apparemment indéfendables déontologiquement avaient rendu ses pairs plus que méfiants à son égard. On perd un peu sa trace pendant une quinzaine d’années, pendant lesquelles il semble se livrer à des expériences de modifications génétiques, voire de clonage et on le retrouve dans un laboratoire de recherche de la société Tonsanto au début des années 2000, travaillant sur les interdépendances provoquées entre végétaux et animaux.

Grâce à Astrapol, nous avions une idée de la configuration des lieux : de l’accueil des visiteurs au laboratoire supposé de vom Baumgarten, il y avait plusieurs sas et de longs couloirs avec des digicodes. Un secrétariat et une petite salle de conférences étaient attenants au labo.

A l’heure dite, nous nous présentâmes dans le gigantesque hall d’accueil de Tonsanto. Après avoir décliné nos identités et le motif de notre visite, nous fûmes conduits par un guide au sourire stéréotypé à travers de longs couloirs éclairés par de gigantesques verrières, tronçonnés par des sas, dans lesquels il fallait à chaque fois montrer patte blanche. Le dernier couloir était équipé d’un tapis roulant, certainement fort utile pour acheminer du gros matériel dans le labo de vom Baumgarten. Un dernier digicode, et nous allions entrer dans le territoire proprement dit de notre enquête. Durant tout ce parcours, Boyard, très concentré et attentif à l’architecture des lieux, n’avait pas prononcé un mot. J’avais tenté d’engager la conversation avec notre guide, sans succès.
« 354 mètres de couloir, 5 sas, 6 digicodes avec celui du labo de vom Baumgarten, 28 caméras, soit environ une tous les 12,60 mètres, 26 extincteurs . » C’était Demo qui nous faisait l’état des lieux dans l’oreillette.
« Et pas la trace d’un raton-laveur… » pensai-je.
Il fallait saluer la disponibilité de Demo, alors que depuis quelques temps il était assailli de dessins aux signes cabalistiques (cf son blog « Mystère rouffiacois » et « le mystère s’épaissit »). Malgré toutes les recherches organisées à la ruche, personne ne savait s’il fallait prendre ou non ses dessins au sérieux (donc, par défaut, ils étaient pris au sérieux), aucun d’entre nous n’avait pu évaluer la menace qui pesait éventuellement sur Demo, et peut-être sur toute la Ligue des Légionnaires Extraordinaires…

Le dernier sas passé, nous entrâmes dans un genre de hall, toujours accompagnés par notre guide. Le tapis roulant continuait tout droit, jusqu’à une double-porte pleine sur laquelle on pouvait lire « VB-01 ». Vraisemblablement « VB » pour vom Baumgarten et les chiffres 01 laissaient à penser que le labo était divisé en plusieurs sections. Sur la droite, deux autres portes: l’une pour le secrétariat, l’autre pour la salle de conférences, toutes deux dépourvues de digicode. Notre guide s’effaça après nous avoir fait entrer dans le secrétariat et disparut, presque par enchantement. La porte se referma doucement.
Le secrétariat était une grande pièce très lumineuse qui faisait penser à une serre : des claustras sur lesquelles couraient des plantes grimpantes semblaient former un labyrinthe à travers cet espace qui lui aussi était éclairé par la lumière naturelle, une verrière faisant office de plafond. Partout, ce n’étaient que plantes, la plupart tropicales, et, à intervalles réguliers, des brumisateurs diffusaient ça et là un fin brouillard de gouttelettes.
« Messieurs Boyard et Pilgrim, de Mon Quotidien, je présume ? » s’enquit une voix sensuelle et chaleureuse, quelque part dans ce méandre végétal. Nous nous dirigeâmes vers l’endroit d’où nous semblait provenir la voix. Au détour d’une claustra, nous arrivâmes à son bureau.
Dès que je la vis, tout en elle me fit penser à un plateau de fruits : son teint de pêche, ses yeux en amandes, ses seins en poire, du moins ce que j’en devinais… Sur son bureau, un chevalet porte-nom indiquait « Melle J. Héjocko ».
« C’est bien nous » confirma Boyard. « Nous avons rendez-vous avec le professeur vom Baumgarten à 14 h 30.
- Très honorée ! répondit Melle Héjocko avec un sourire plus que charmeur…
- Pas encore, mais on ne peut jurer de rien, tout va si vite de nos jours…
- Pil ! Pas de commentaires graveleux ! Je te rappelle que tu es sensé faire un reportage pour un quotidien destiné aux enfants ! ». La voix du chef venait de me rappeler à l’ordre dans l’oreillette. Bon sang, il était donc là aussi ! Je m’étais parfaitement contenu, ne laissant échapper aucun signe de surprise, aucun tressaillement. J’avais toutefois eu le temps d’observer que le sourire de Melle Héjocko s’était accentué et que ses joues avaient légèrement pris des couleurs…
« Ahem ! Enchanté également ! Peut-être pouvons-nous commencer par prendre quelques photos de cet étonnant bureau ? »
Elle acquiesça avec un sourire inimitable et un lent battement de paupières. Pendant que je mitraillais bêtement toutes sortes de plantes, la verrière, et que je m’arrangeais bien évidemment pour avoir Melle Héjocko sous différents angles, je commençai à prospecter sur son prénom. Que pouvait donc bien cacher cet énigmatique « J » ? Judith ? Juliette ? Jennifer ? Justine ?
« Ce tableau représente sans doute le professeur … » commenta Boyard, qui s’était dirigé à l’autre bout de la pièce et était tombé face à un gigantesque tableau d’un homme de stature moyenne, aux cheveux et à la barbe poivre et sel, aux traits fins et sévères et aux fines lunettes rondes. Le professeur ne semblait pas avoir de main gauche.
« Moi, je trouve qu’il fait horrible manchot… » précisai-je.
« Le professeur a réglé la température et l’hygrométrie de cette pièce pour que les plantes puissent se développer dans des conditions optimales. J’ose espérer que ce n’est pas une tentative déguisée de me voir quitter quelques vêtements, Monsieur Pilgrim ? » répondit malicieusement Melle Héjocko en me fixant droit dans les yeux. Nos regards se croisèrent quelques longues secondes…
Jessica ? Josepha ? Johanna ?
A la façon qu’avait Boyard de tapoter nerveusement sur l’étui de son appareil-photo numérique, j’eus le sentiment qu’il regrettait qu’on lui ait bloqué son accès aux jeux de Mon Lég…
« Ach ! Foici sans toute messieurs Pilkrim et Poyard ?
Nous sallons tonc poufoir commencer sans retard ! »
Mystérieusement apparu d’on ne savait où dans le secrétariat, le professeur vom Baumgarten était une copie conforme de sa peinture, toutefois un peu plus sel que poivre en réalité. Le professeur ne dégageait ni sympathie ni antipathie. Ses yeux clairs, légèrement grossis par ses verres de lunettes, étaient en perpétuel mouvement. Je remarquai que la main gauche du professeur était gantée. L’espace d’un instant, j’eus l’impression d’être dans une mauvaise série B, dans laquelle un savant fou au fort accent teuton devait être neutralisé avant de mettre à exécution ses projets déments pour devenir maître du monde… Le professeur nous serra énergiquement la main, puis après de brèves civilités, nous invita à entrer dans la salle de conférences.
« Tant que l’interview ne sera pas terminée
Matemoisselle, che ne souhaite pas être téranché !
- Bien entendu, professeur ! » répondit Mademoiselle Héjocko.
Jéromine ? Jade ? Jody ?
La salle de conférences était spacieuse et divisée en deux parties. La première comportait un écran mural, un pupitre, un rétro-projecteur et un ordinateur, ainsi que quelques rangées de chaises avec leur tablette. La deuxième partie ressemblait davantage à un salon, avec ses nombreuses banquettes placées en demi-cercle. Le professeur vom Baumgarten nous invita à prendre place sur l’une de ces banquettes et s’installa en face de nous.
« Ainsi tonc, fous trafaillez pour Mon Quotitien
Pour les enfants qui feront le monte te temain ?
- C’est exactement cela, professeur. Notre interview fait partie d’une vaste enquête sur les grandes mutations du monde : écologiques, sociales, politiques… Nous avons d’ailleurs toute une série de questions posées par des enfants, rédacteurs d’un jour au sein de notre journal. »
Il avait été convenu que ce serait Boyard qui prendrait en charge l’interview. Je me contenterai d’intervenir de temps à autre, mais ma mission principale était de prendre des photos. Il y avait quelque chose de bizarre dans la manière de s’exprimer du professeur, en dehors de l’accent, bien évidemment. Mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus…
Discrètement, je jetai un regard panoramique dans la salle pendant que Boyard prenait en main l’interview. Les premières questions mêlaient les enjeux économiques du XXIème siécle, le problème de la faim dans le monde, les pays émergents, la pollution, l’écologie et le positionnement de la société Tonsanto par rapport à tous ces facteurs. Le professeur vom Baumgarten n’était pas avare de réponses et parvenait assez facilement à expliquer avec des phrases simples tous les projets dans lesquels la société Tonsanto était partie prenante.
« Professeur, quel est exactement votre travail ici ? demanda Boyard.
- Che fais tenter de l’expliquer en quelques mots,
Et nous sirons ensuite fisiter mon labo » répondit le professeur.
Ca y est ! J’avais trouvé ! Vom Baumgarten s’exprimait uniquement en alexandrins ! Incroyable !
« Tepuis tes sannées che suis sensipilissé
Au proplème te la famine dans le monte entier » reprit le professeur.
- Avez-vous trouvé des solutions ? La société Tonsanto a-t-elle mis à votre disposition les fonds et le matériel nécessaires à vos recherches ?
- Ch’ai commencé il y a pien longtemps maintenant
Et ch’ai connu tes réssultats intéressants !
-Pouvez-vous nous en dire plus ?
- Ch’avais choissi de trafailler tepuis longtemps
Pour tenter t’ératiquer la faim tans le monte
Mais che tois fous afouer que malheureussement
Mes recherches n’étaient pas tu koût te tout le monte
Peaukoup te mes kollègues ténikrèrent mon trafail
Sans rekonnaître le chénie te mes troufailles
Non contents te me mettre tes pâtons tans les roues
Certains tentèrent même te me faire passer pour fou !…
- Ca y est, il mord, le bougre ! Pull ! » C’était Sacchapus qui à l’écoute de la tirade de vom Baumgarten nous avait précisé que nous venions de franchir une étape importante dans le cadre de notre mission.
- Pien que che ne toute pas de fotre intellichence
Che ne fous ferai pas d’expossé machistral
Sachez que malkré leurs sapparentes tifférences
Ch’ai pu kompiner animal et véchétal… »

Le professeur s’interrompit, comme pour mieux juger de son effet. Ses dernières phrases étaient lourdes de sens… Intérieurement je me disais : « C’est ça, prends-nous pour des demeurés ! On dirait que tu ne sais pas que mon profil culturel sur Mon Lég bénéficie d’un 48 en zoologie et d’un 37 en botanique… »
Il y avait fort à parier que Boyard, tout comme moi, pensait se trouver davantage face à un original plutôt qu’un savant fou…
« Ne laissez pas retomber le soufflé, les gars ! Allez-y ! Game ! » s’impatientait Sacchapus.

Aussitôt, avec Boyard, je relançais le professeur :
« Une combinaison animal-végétal ? Mais c’est inconcevable ! Aucune étude sérieuse n’est parue sur ce sujet ! »

Le professeur émit un petit rire et reprit :
« Les réssultats te mes trafaux sur le suchet
N’ont chamais été pupliés offiziellement
Mais ch’ai optenu tans plussieurs te mes prochets
Tes croissements particulièrement intéressants…
Kelkechosse qui est peaucoup plus excebzionnel
Que le poulet zans plumes créé en Israël
- Mais comment avez-vous donc pu interagir au niveau des cellules végétales et animales ? Et les chromosomes ?
- Bour zimblifier au mieux les tonnées tu proplème
Ch’ai choisi t’interfenir sur les méristèmes
C’est en achissant sur les phases de la mitose
Que ch’ai réussi cette métamorphose grandiose…
- Mais qu’avez-vous donc obtenu ?
- Il fout faut faire preufe d’encore un peu de pazience
Pour poufoir appécier à sa chuste faleur
Le fruit te ces nombreuses zannées te lapeur
Nous tefons quitter cette zalle de conférences… »

Le professeur nous invita à rejoindre la porte d’entrée du laboratoire, section 01…

To be continued…

Argh ! Suspense insoutenable ! Arrivé à un tel paroxysme de l’intrigue, nombreuses sont les questions qui titillent les lecteurs (on me précise que quelques lectrices sont également titillées…)
Mais que vont donc découvrir nos deux héros de l’autre côté de la porte ?
La ruche va-t-elle pouvoir venir en aide à nos héros, si jamais le besoin s’en faisait sentir ?
Les lecteurs vont-ils s’habituer à l’accent du professeur vom Baumgarten ?
Le professeur vom Baumgarten est-il bien tel qu’il se présente ?
En combien de sections le laboratoire du professeur est-il divisé ?
Et bien sûr, quel est le prénom de Melle Héjocko ?

Des réponses, totales ou partielles, dans le chapitre 3 de la Ligue des Légionnaires Extraordinaires…

Avr 6
La Ligue des Légionnaires Extraordinaires : chapitre 1

Bonjour à toutes et à tous !

Chapitre 1, donc...

Où il ne se passe presque rien, où tout se met gentiment en place et où on en apprend quand même pas mal sur les principaux personnages.

Bon ! Les gars ! Tout est prêt, on peut commencer ! Attention à bien vérifier le cahier des charges : tout ce qui a été annoncé dans le teaser doit apparaître dans le scénario ! C’est parti !

« A 100 mètres, tournez à gauche ! »
La voix cristalline du GPS de la Smart que le chef avait mis à ma disposition m’avait conduit sans encombre à destination.
« Chemin de la plaine, vous êtes arrivé. »
Je choisis une place sur le parking ombragé du restaurant de Rouffiac ( ça c’était pour l’exotisme) dans lequel je devais rencontrer Demo. Celui-ci avait d’importantes précisions à me communiquer pour l’affaire sur laquelle je devrai bientôt intervenir.(Bien ! Un soupçon de mystère…)
Après avoir traversé le parking, j’entrai dans le restaurant. Une délicieuse odeur de cuisine du terroir flatta mes narines et me rappela que je n’avais pas fait un repas digne de ce nom depuis une dizaine d’heures…
« Ah ! Ah ! Pil ! Tu vas te régaler ce midi ! » me lança Demo en guise de salutations.
Nous échangeâmes une cordiale poignée de mains et après les civilités d’usage, Demo m’invita à une table au fond de la salle, discrète et stratégiquement placée : d’ici, on pouvait, sans être remarqué, observer toutes les allées et venues dans le restaurant. Devinant mes pensées, Demo poursuivit :
« C’est un peu mon QG d’été, quand je ne suis pas à la ruche ! Alors, Pil, prêt pour ta première mission ?
- Ben, oui c’est-à-dire que…
- T’en fais pas, ça va aller ! Louis ! »
Quelques secondes plus tard, un solide gaillard poussait la porte des cuisines et se dirigea vers notre table, l’œil pétillant.
« Louis, je te présente Pil, la personne dont je t’ai parlée. Tu nous concoctes un menu dégustation pour ce midi, ok ?
- Pas de problème, Demo ! Ce sera donc : brochette de noix de Saint-Jacques et foie gras poêlé, un freginat, le plateau de fromages et un moëlleux au chocolat…
- Ce sera parfait, Louis !
- J’en salive d’avance, précisai-je.
- En attendant, vous prendrez bien quelque chose, c’est moi qui offre !
- Pour moi, ce sera un saké-orange, comme d’habitude, dit Démo.
- Et moi je prendrai un lait-fraise, avec 2 cl de sirop de fraise, du lait ½ écrémé, pas entier, un glaçon, le tout remué à la petite cuiller, pas au shaker…
- Et tu veux aussi une olive noire ? » plaisanta Demo.
Moins de 3 minutes plus tard, Louis réapparaissait avec nos boissons.
« Dis-donc Démo ! C’est un peu bizarre comme boisson le saké-orange ? »
Demo prit quelques secondes avant de répondre, comme si des souvenirs resurgissaient…
« Il y a quelques temps, j’étais en mission au Japon, (coup double : mystère et exotisme !) pour une affaire délicate : on soupçonnait un chef de la triade de contrefaire les biscuits Mikado… J’avais un contact dans un petit débit de boisson d’une île proche de Taïwan…
- Demo, moi aussi je connais ce petit bar à Kobama…
- Non, tu es sérieux ?
- Oui, j’étais également en mission au Japon pour enquêter sur la disparition de plusieurs diplomates européens : tu as peut-être entendu parler de l’affaire des pyjamas chauffants ?
- Et comment ! Il y a eu pas moins d’une dizaine d’ambassadeurs qu’on a retrouvé morts brûlés après avoir apparemment fréquenté des geishas... (Là, on suggère finement l’érotisme…)
- On m’a envoyé comme onzième ambassadeur et j’ai pu démêler l’affaire…
- Bon sang ! Et comment t’en es-tu sorti ?
- Je ne porte jamais de pyjama… Dis-moi, ton contact, ce n’était pas la petite serveuse du bar ?
- La brunette aux yeux bridés qui chaussait du 34 ? Ne me dis pas que tu la connaissais ?
- La ressemblance est trop frappante, Demo !
- Ca alors ! Comment s’appelait-elle déjà ?
- Fujita… Fujita Mainhokü, son père était turc, je crois…
- C’est ça ! Grâce à elle, j’ai pu glaner pas mal de renseignements et avancer dans mon enquête. Le saké-orange, c’était la boisson du village. Et puis, une fois le boulot terminé, il a bien fallu que je rentre… Je t’avoue que je serai bien resté plus longtemps… »
L’espace de quelques secondes, Demo se retrouva dans le petit village japonais, au milieu de ses souvenirs et au fond d’un petit bar… Puis il vida son verre d’une traite et me dit :
« Allez ! Finis ton verre, on va marcher un peu avant le déjeûner, j’ai tellement de choses à te dire et je crois que le temps nous est compté… »
Nous quittâmes le restaurant et Demo entreprit de me faire découvrir le village en même temps qu’il m’initiait aux secrets de la Ligue des Légionnaires Extraordinaires. Il commença par m’en faire un rapide historique, précis et nullement rébarbatif. Toujours sur mes gardes, je me retournai de temps en temps et finalement je demandai à Demo :
« Je crois que nous sommes filés… As-tu remarqué l’homme qui nous suit depuis que nous sommes sortis du restaurant et qui fait mine de s’arrêter à chaque portail quand je me retourne ?
- T’inquiète pas, Pil, chez nous, on appelle ça un facteur… »
Imperturbable, Demo continua la présentation de la Ligue :
« Tu vas travailler avec pas mal de monde, mais je ne te parlerai dans un premier temps que des piliers de la Ligue, sauf du chef, qui est un cas à part. Ce sera pour plus tard, peut-être (et un petit coup de mystère)… Commençons par Bishop : tu te doutes bien que son grenier, ce n’est qu’une couverture. Il a en fait une mine de documents de toutes sortes à sa disposition, c’est un peu l’historien de la bande. En plus, il a une mémoire phénoménale, il n’oublie aucun détail. Tu as vu de quelle manière il te relate un tour de France ? Pour la Ligue, c’est du pareil au même. Tu auras bien vite l’occasion de t’en rendre compte… Pour ta première mission, tu seras en doublette avec Boyard, il a l’habitude du terrain et une vista rapide et pragmatique de la situation… Il se révèle également très précieux pour faire des portraits-robots, faire le croquis d’un lieu sur simple témoignage et aussi se repérer en terrain inconnu…
- Je crois qu’il est très occupé en ce moment …
- Non, non ! On a réussi à bloquer ses accès aux défis et au Momentum. Il sera ravi de t’accompagner… Il déteste rester sans rien faire ! »
Le facteur nous dépassa et continua sa tournée sans nous prêter la moindre attention.
« Mrdoughnut est le technicien de l’équipe. Evidemment ses connaissances ne se limitent pas à faire marcher un micro ou des écouteurs ! Tout ce qui comporte de l’électronique n’a aucun secret pour lui. Astrapol est le roi du monde de l’image. Il est capable de décortiquer n’importe quelle cassette de vidéosurveillance, il peut te préciser si une vidéo a été trafiquée ou non, et bien évidemment il peut te faire un montage vidéo dans lequel tu ne décèleras aucun défaut … Sacchapus est très fin psychologue : il peut te faire, en quelques minutes le profil de n’importe qui : serial killer ou caissière de supermarché, l’un n’empêchant parfois pas l’autre…Un seul petit problème avec lui, si jamais tu es en liaison audio : il est incapable de terminer ses messages par « over » : ça déstabilise un peu au début, mais on s’y fait assez vite… Dis-moi, Pil, je crois que nous sommes filés… As-tu remarqué l’homme qui nous suit depuis que nous sommes sortis du restaurant et qui fait mine de s’arrêter à chaque portail quand je me retourne ?
- Sans doute un autre facteur ?
- Le problème, c’est qu’il n’y a qu’un seul facteur à Rouffiac… (Ca c’est du rebondissement !)
Viens ! Retournons au restaurant ! Le temps nous est vraiment compté… »

Le repas fut une véritable fête des papilles gustatives. Pendant le repas, Demo me parla encore d’Avodyenne et de Kenobus, certainement la meilleure équipe pour décrypter tout ce qui était messages codés, et finalement d’Oyax qui n’avait pas son pareil pour deviner les tenants et les aboutissants de toutes les associations et autres collusions entre politiques, mafieux, financiers et autres. Quant à Demo, je savais qu’il excellait dans la connaissance de toutes les mythologies et pouvait ainsi expliquer l’inexplicable. De plus, c’était un bricoleur de génie et ses capacités à inventer ou à bidouiller toutes sortes d’appareils ou de circuits avaient déjà sorti de nombreux Légionnaires de situations périlleuses, voire dramatiques. Sa couverture la plus célèbre restait bien évidemment l’invention du pilgrimateur.

Juste avant le café, Demo se dirigea vers le juke-box et glissa une pièce dans le monnayeur.
« Tu vois, Pil, ce juke-box, c’est la fierté de Rouffiac. Au siècle dernier, quand il y avait encore de jolies flammes sur les enveloppes, celle du village précisait : Rouffiac, son juke-box de 78 tours unique en France. »
Je précisai à Demo que je me souvenais bien de la flamme de Rouffiac, étant à l’occasion philatéliste et marcophile. »

« C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches, toi qui les aime tant
Va quand je serai grand, j'achèterai au marchand
Toutes ses roses blanches, pour toi jolie maman…

- Cette Berthe Sylva, c’était quand même quelque chose ! Et attends la deuxième chanson ! tu vas être sacrément surpris ! Elle s’appelle « le joli fusil », mais c’est plutôt coquin… » (Ok on a le quota pour l’érotisme !)

Du tiroir de la table, Demo sortit une épaisse pochette qu’il ouvrit après avoir discrètement effectué un regard panoramique sur la salle du restaurant : mis à part Louis, nous étions seuls.
« Voilà les premières instructions pour ta mission, Pil. On soupçonne la société Tonsanto de camoufler dans ses locaux des expériences poussées de croisements contre nature entre différentes espèces. Le laboratoire du professeur Kurt-Hilaire vom Baumgarten est particulièrement sous surveillance. Ta mission, si tu l’acceptes, sera de t’infiltrer dans la société et plus particulièrement dans ce labo pour y glaner de précieuses informations. Ta couverture, ainsi que celle de Boyard est en béton : vous vous ferez passer pour deux journalistes de « Mon Quotidien » : un petit article de vulgarisation pour les enfants permettra sans nul doute de délier les langues sans méfiance. Voici vos accréditations, vos cartes de journalistes, ainsi que quelques photos de vom Baumgarten, un plan des labos de Tonsanto. Le reste du matériel vous sera fourni à la ruche. Bien entendu, si toi ou ton collègue veniez à être découverts, nous nierions toute implication de la Ligue dans cette affaire… Des questions, Pil ?
- Il ne resterait pas un peu de moëlleux au chocolat ?
- Ah ! Ah ! Sacré Pil ! Ca m’a fait plaisir de te voir ! D’autant que c’est peut-être la dernière fois ! Rassure-toi, je plaisante ! Allez ! Il est temps que tu reprennes la route ! Tiens ! Je t’ai préparé un CD de Berthe Sylva : ça te changera un peu de Scarlett ! »

Avant de partir, je remerciais vivement Louis pour ce merveilleux repas. Demo m’accompagna jusqu’à la Smart. Le soir tombait déjà . Nous échangeâmes une longue et chaleureuse poignée de mains, puis je m’installai au volant. J’éjectai le CD de Scarlett pour introduire celui de Berthe Sylva dans le lecteur, Demo me fit un clin d’œil.

Une quinzaine de kilomètres plus loin, alors que venaient de se terminer « Les roses blanches » et que Berthe Sylva entâmait « Le petit ballon rouge », ce n’est qu’au troisième balayage des essuie-glaces que je me rendis compte qu’il ne pleuvait pas, mais que mes yeux embués de larmes brouillaient ma vue : décidément, Demo, c’était un dur …

To be continued…

Avr 2
Teaser de ouf

Qui ça ?

Qui sont-ils ?

Que font-ils ?

Où vont-ils ?

Contre qui luttent-ils ?

Oups ! Désolé...

Ca à l'air chouette !

Ca promet !

Waow !

Oui ! J'en veux !

Super !

Mmmmmmhhhhh !!!!

Hé ! Tu ne vas pas tous nous les faire ? Abrège !

La suite, la suite !

Quand ? Mais quand ?

Clic !

Bon ! Les gars ! La bande-annonce est prête, il n'y a plus qu'à écrire le scénario !

Au boulot !

Mar 16
Dans le bureau du chef (5)

Bonjour à toutes et à tous !

Actualité oblige, retrouvons les coulisses de la rédac pour un nouvel épisode...

« Tout le monde dans le bureau et plus vite que ça ! » tonna la voix du chef dans les hauts-parleurs de « la ruche ».
Ca y était ! la Ligue des Légionnaires Extraordinaires, dont je faisais partie depuis peu (voir chapitre 4), allait entrer en action ! Notre mission : sauver le monde, une fois de plus ! J’avais hâte d’en savoir plus, et, comme mes collègues, je me ruai dans les couloirs en direction du bureau du boss.
La porte était grande ouverte et nous entrâmes dans un silence religieux dans la pièce et nous installâmes derrière les tables en « u » regroupées autour du bureau, immédiatement attentifs aux propos du chef.
« Une opportunité nous est donnée pour élargir encore notre champ d’action. Après l’aventure radio, on nous propose maintenant un créneau dans le journal télévisé. »
Le chef s’arrêta quelques instants, le temps de tous nous dévisager les uns après les autres pour voir l’impact de l’info. Personne ne bronchait, désireux d’en savoir plus. Je pense que je ne devais pas être le seul à être déçu de ne pas partir sauver le monde… Mais déjà le chef reprenait :
« Vous avez vu les derniers sondages, et vous savez donc tous que le JT de LA chaîne est en chute libre. Plusieurs éléments sont à prendre en compte : plus de coupures de pub sur les chaînes publiques, fidélisation des téléspectateurs, mais aussi perte d’audience due à la personnalité de la présentatrice du JT…
- Damned ! Ils envisagent de remplacer Laurence Lamborghini ?
- Tout à fait Bishop !
- Ils n’ont pas fait appel à l’ancien présentateur ?
- Bien sûr que si, Démo ! Il a été à un doigt de répondre par l’affirmative, mais ce doigt c’était le majeur…
- Ils n’ont pas recontacté leur journaliste noir, Harry Vederchies ?
- Non, Pil, il était envisagé seulement en dépannage et pour mettre en valeur l’accès à des postes importants de certaines minorités, mais depuis les dernières élections présidentielles des Etats-Unis… Bref cette valse-hésitation pourrait faire nos affaires : les grands manitous de la chaîne nous ont contactés, ainsi que quelques concurrents, pour proposer un échantillon de ce que nous savons faire en matière d’information. En clair, nous devons proposer une maquette de journal télévisé mêlant actualité, culture, société, etc. Voici, en résumé, la raison pour laquelle je vous ai appelés. »
Le chef se tut quelques instants, le temps pour nous de saisir l’importance de l’opportunité qui nous était offerte. Puis il reprit :
« Vous aurez chacun un reportage à me boucler dans les 72 heures, certains d’entre vous auront double tâche. J’ai déjà choisi les thèmes que je voulais traiter dans le journal. Pas la peine de vous bagarrer, je serai le présentateur, n’oubliez pas que vous avez besoin de couverture pour agir dans l’anonymat le plus complet ! »
Effectivement, la Ligue des Légionnaires Extraordinaires nécessitait de travailler dans l’ombre, bien loin de la notoriété médiatique. Bizarre, j’aurai pourtant juré que le chef faisait partie de la Ligue…
« Bien, nous avons une actualité chargée cette semaine » continua le chef. Il sortit un tas de pochettes du tiroir de son bureau et commença l’inventaire :
« Bishop ! Vous travaillerez sur 2 reportages dont un en équipe avec Krakowiak. Je veux un hommage à Alain Bashung, mais attention, pas de larmoyant, ne donnez pas dans le genre « Les Victoires de la musique lui ont rendu un hommage ante mortem », pas de ça ! Je veux du respectueux, du simple, du poétique… Au besoin, contactez Jean-Marie !
- Impossible, il enregistre ses dernières chansons à Nashville… Et le deuxième reportage ?
- Renseignez-vous un peu sur l’incroyable défaillance de Contador dans le Paris-Nice. Cette contre-performance peut-elle remettre en cause le retour de Lance Armstrong ? Le cyclisme c’est un de vos domaines de prédilection ! »
Le problème, pour Bishop, était qu’il avait pas mal de domaines de prédilection… Avec seulement 2 reportages, il s’en tirait bien…
« Kenobus ! Vous me ferez un reportage circonstancié sur le Salon du Livre 2009. Les tendances, la fréquentation, les dédicaces, le cosplay, l’influence du livre numérique et bien évidemment un éclairage sur la littérature mexicaine, puisque le Mexique est l’invité d’honneur du salon.
- Psst ! Keno ! J’aurai un sombrero à te faire dédicacer par Fuentes…
- Et moi « Le fait du Prince » par Amélie…
- Oyax ! Boyard ! Vous croyez qu’on a le temps de rigoler ??
- Non, chef !
- Boyard ! Vous me ferez un topo sur le malaise dans le milieu hospitalier…
- Chef, je ne suis pas d’accord ! Le Salon du Livre, ça a l’air sympa et il y a certainement du boulot pour deux…
- Justement vous travaillerez en doublette avec Sacchapus : il a été en immersion totale dans un établissement psychiatrique pour les besoins d’une enquête de fond, il pourra vous être très précieux si vous avez besoin d’aide et je crois que ce sera le cas…
- Oui, le cas m’isole…
- Oyax ! Vous partirez en province à la découverte de nouveaux artistes. Vous éviterez de tomber dans les travers de la Star Ac ou de la Nouvelle Star…
- Oui chef ! Et j’y vais avec quoi ? Demodemator n’a pas encore remis la roue arrière du vélo de fonction qu’il avait empruntée pour son pilgrimateur…
- Prenez la Smart cabriolet de Mon Légionnaire ! D’ici qu’elle soit gagnée, vous serez à la retraite ! »
Les dernières paroles du chef provoquèrent à la fois notre incrédulité et une petite pointe de jalousie : on pouvait dire qu’Oyax, d’une certaine façon, avait gagné le gros lot…
« Demo ! Vous me ferez un état des lieux sur la situation plus que confuse à Madagascar ! »
Instantanément, nous vîmes Demo blêmir :
« Chef ! Je vais devoir quitter Rouffiac ? Je dois aller à Madagascar ?
- Ne rêvez pas Demo ! Au prix où est le voyage ! Et vous n’êtes même pas certain de revenir ! Vous avez tout ce qu’il vous faut dans le dossier, notamment les coordonnées de correspondants permanents de l’AFP sur l’île ! »
Instantanément, Demo reprit des couleurs…
Une fois de plus, il ne restait plus que moi. Je n’osais espérer que le chef avait gardé le meilleur pour la fin…et pour moi !
« Pil ! Vous aurez également deux reportages à assurer. Le premier sur l’utilisation croissante des petites annonces publicitaires ou autres. Je veux du léger, du social, un peu de mélo… Vous devriez pouvoir me trouver ça ?
- Génial chef ! Je m’y mets tout de suite ! Et le deuxième sujet ?
- Puisque le Mexique est à l’honneur et sur la sellette, enquêtez donc sur le financement du voyage présidentiel au Mexique !
- Et…
- N’y pensez même pas ! Pas besoin de se rendre sur place pour enquêter… »
Puis le chef distribua à chacun de nous un dossier qui renfermait les premières informations pour nous permettre de monter nos reportages. A peine la distribution terminée, le chef nous invita à nous mettre au travail :
« Au boulot et fissa ! Z’avez trois jours ! »
Nous repartîmes au pas de course, le dossier sous le bras.
De retour à « la ruche », chacun était pressé de découvrir ce que renfermait son dossier. Le premier, Oyax brandit fièrement les clés de la Smart sous nos sifflements admiratifs.
« J’ai aussi des bons d’essence et des tickets-restaurant et la liste de plusieurs festivals de province…
- Moi j’ai une accréditation pour le Salon du Livre et deux tickets de métro, enchérit Kenobus.
- Moi la liste des chansons les plus connues de Bashung, continua Bishop. Mais j’irai faire un tour dans mon grenier… Bizarre, il n’y a rien sur sa filmographie…
- J’ai un rendez-vous pour demain matin avec le directeur d’un hôpital, poursuivit Boyard. Il faut vite que je contacte Sacchapus…
- J’ai une sacrée liste de correspondants à Madagascar, ajouta Demo. Avec le décalage horaire, il vaut mieux que je ne perde pas de temps pour essayer de les joindre…
- Et moi, j’ai tout un dossier sur le financement du voyage au Mexique et quelques adresses de sites de petites annonces » conclus-je.
Rapidement, chacun se mit au travail.
Pendant que Kenobus se documentait sur la littérature mexicaine, Boyard convenait d’un rendez-vous avec Sacchapus. Ce serait derrière sa boîte aux lettres et Boyard devrait être déguisé en facteur de pianos. Oyax était déjà sur les petites routes de France, à la découverte de nouveaux talents.
Je voyais Demo très hésitant face à la liste des correspondants de Madagascar. Je lui demandais la cause de ses tergiversations :
« Je ne vais quand même pas tous les appeler ? Comment savoir si j’aurai une info sérieuse ?
- Fais voir ta liste !
- Tiens ! Regarde ! Je ne connais personne ! »
Effectivement, les journalistes semblaient tous être des autochtones. Une femme et sept hommes, le choix n’était pas facile :
- Manon Cépassanana
- Tareth Dematémanana
- Yvon Tousbwarunjudanana
- Corentin Derelukélénana
- Geoffrey Mieudaléchémanana
- Thibaut Tivapléronana
- Youri Liwantosimanana
- Yvon Toussesseferlanana
« Ecoute, Demo, je crois que ce serait mieux que tu les appelles tous et que tu fasses ton reportage en fonction de toutes les infos et de toutes les images que tu pourras recevoir…
- Ok, Pil, j’envoie illico des mails ! »
Je me mis aussitôt à pianoter sur mon ordinateur à la recherche de petites annonces intéressantes tout en découvrant le dossier sur le voyage au Mexique dont le financement faisait tant parler…

Coupure pub

Presque 72 heures plus tard…

Je n’en revenais pas ! En fait les deux reportages que m’avait demandé le chef m’avaient entraîné beaucoup plus loin que je ne n’aurai pu l’imaginer. Celui qui, a priori, me semblait le moins intéressant m’avait fait découvrir le monde des petites annonces. Conformément à la demande expresse du chef, j’en avais retenu trois. Mon choix s’était porté sur l’évasion avec le thème des vacances, j’avais joué sur la corde sensible avec l’engagement humanitaire, et période de crise et de volonté politique oblige, je terminais avec la précarité de l’emploi chez les fonctionnaires.
Le reportage s’articulait donc sur ces trois facettes, déclinées de manières radicalement différentes.
Ouverture sur un paysage paradisiaque, cascade et lac dans un camp de naturistes (floutés). Puis une voix off : « Adeptes du naturisme, retrouvez vos ami(e)s ainsi que tous ceux et toutes celles qui partagent votre art de vivre sur le site « fesse book » (1)
Suivait l’interview d’un naturiste vantant les qualités dudit serveur.
Poursuite avec l’humanitaire, avec un clip publicitaire : plan sur un village cambodgien, puis retour en France, vue de la façade d’une agence du Pôle de l’emploi, puis de seniors en train de jouer à la pétanque. Puis nouveau cadrage sur le village cambodgien et incrustation du texte qui défile : « Vous êtes sans emploi ? Vous avez du temps libre ? Devenez démineur dans une association humanitaire : pour vous ce sera bientôt une occupation d’arrache-pied »
Final avec un gros plan sur une petite annonce publiée dans un quotidien :
Cause précarité de l’emploi : instit de maternelle cède :
256 bouchons de plastique de couleur
187 bouchons de liège (cidre, Champagne, Crémant…)
52 boîtes de margarine
38 boîtes de fromage blanc 20% de matière grasse
45 boîtes de « Caprice des dieux »
43 boîtes de Camembert en carton
27 boîtes de Camembert en bois
16 boîtes de Nesquik (plastique)
46 boîtes de Banania (carton)
56 bouteilles diverses (Orangina, Perrier…)
312 bâtons d’esquimau
63 pots de petits suisses
6244 frites en polystyrène
144 boîtes plastique de jouets Kinder (vides)
1 collection complète de catalogues de la Camif
3 kg de marrons
2,5 kg de noix
1644 graines de courge
728 graines de haricots, de diverses couleurs
875 grains de café
25 paquets de pâtes diverses : spaghetti, tortellini… impropres à la consommation, la date de péremption étant dépassée
112 pommes de pin grand modèle
78 pommes de pin petit modèle
103 rouleaux de Sopalin
238 rouleaux de papier hygiénique
29 boîtes de Ricorée
124 boîtes d’œufs en carton (x6), dont quelques-unes bleues
78 boîtes d’œufs en carton (x 12)
56 boîtes d’œufs en plastique (x 12)
73 coquilles Saint-Jacques (vides)
25 paquets de couches (prêtes à l’emploi)
Nombreux disques vinyle et CD de Mannick, Anne Sylvestre, Jean-René et Henri Dès
Liste complète sur simple demande : le tout disponible en un seul lot : prévoir une grande remorque ou une camionnette.
Suivaient les références de l’annonce ainsi qu’un numéro de portable. J’avais réussi à joindre la personne qui avait publié cette petite annonce : brève interview de l’enseignante qui expliquait en quelques mots combien le métier et la considération des enseignants avait changé en quelques années…

Pour mon deuxième reportage, je dois avouer que j’avais eu énormément de chance. La Chance avec un C majuscule ! Je ne sais plus exactement par quel méandre informatique j’avais fini par échouer sur un serveur suisse, qui m’aiguilla sur un site panaméen, puis me redirigea sur le Liechtenstein, mais je tombai sur une pépite :
« def.increment.9999PackNoCesar/Mex-ML-Frankreich/Gewinner :NicolasS. »
Quand le chef allait apprendre ça ! Un virus avait été balancé sur le site de MonLég qui bloquait le compteur des packs commandés à 9999 et détournait l’argent des packs supplémentaires ! Le nom du gagnant du voyage au Mexique ne laissait planer aucun doute…

72 heures plus tard : la mise en forme du journal

Nous étions à nouveau tous réunis dans le bureau du chef, qui, suite à notre travail nous avait complimenté à sa façon :
« Ca devrait aller ! » avait-il sobrement déclaré.
Avant d’aller enregistrer « son » journal, le chef souhaitait nous donner la primeur de la présentation.
« Voici comme j’ai organisé le journal ! Vous pourrez me dire ce que vous en pensez, mais je ne changerai rien !
Premier sujet : imbroglio à Madagascar
Deuxième sujet : hommage à Alain Bashung : un poète nous a quitté, mais restent à découvrir ses enregistrements des chansons de « l’homme à la tête de chou » (spectacle de Jean-Michel Ribes sur les chansons de Serge Gainsbourg)
»
Etait-ce un hommage caché ? Je remarquai seulement maintenant que le chef portait un costume bleu pétrole…
« Ensuite sujet culture : le salon du Livre, puis l’enquête sur le voyage au Mexique, puis le sujet de société sur le malaise hospitalier : la cérémonie des escarres. On rebondit avec un sujet plus léger : découverte musicale en province : le duo Noël O’Balkon et Paco Teason. Et pour finir le sujet sur les petites annonces et le topo sur Contador : un bête échange de seringues... »
Il n’y avait plus qu’à faire l’enregistrement…

To be continued...

(1) La réalité dépasse la fiction ou comment rester naïf à tout âge : après vérification pour le fun, le site « fessebook » existe bel et bien, et le contenu est sans équivoque…

:: Page suivante >>