Ce matin, j’ai été convoqué dans le bureau du chef. Je m’y attendais plus ou moins, vu que, ces derniers jours, ça ressemblait un peu à un défilé. Il n’y avait rien eu moyen de savoir auprès des collègues, qui revenaient la mine fermée et se remettaient illico au boulot d’arrache-pied. Mais, de mémoire du plus vieux de la rédaction, personne n’était jamais ressorti du bureau directorial avec des félicitations, et encore moins avec une augmentation…
Appliquant à la lettre le précepte n° 5 du chef « un blogueur ponctuel a une journée de 15 heures devant lui », j’appuyai sur le bouton de l’interphone de la porte du boss à 8 h 15. Pas plus tard pour ne pas être qualifié de retardataire inconséquent, mais surtout pas en avance pour ne pas « laisser tomber mon boulot à la première occasion »…
« Ouais ! Qui est-ce ? (à partir de ce moment, j’écrirai les paroles de notre chef en gras : sa corpulence semble faire caisse de résonance et de l’avis général, il tonne plus qu’il ne parle…)
- Mon nom est Grim, Pil Grim.
En fait, le chef , plus précis qu’une montre suisse, savait pertinemment qui était derrière sa porte : c’était lui qui fixait les rendez-vous et la caméra de surveillance placée juste au-dessus de la porte le renseignait efficacement, mais il prenait un malin plaisir à rabaisser son personnel.
- Ah ! Quand même ! C’est pas trop tôt ! »
Un clic discret et la porte s’ouvrit. Je pénétrai dans l’antre du chef. Sa forte corpulence faisait apparaître son bureau comme ridiculement petit, mais je n’eus pas le loisir de poursuivre plus avant mes réflexions. J’eus à peine le temps de constater que son surnom de « baderne austère » n’était pas usurpé…
« On va droit dans le mur, Pil, droit dans le mur ! »
Stratégiquement, il était de bon ton, auprès du chef, de ne JAMAIS contredire ses paroles, aussi peu claires qu’elles puissent paraître. Il fallait trouver les mots pour à la fois abonder dans son sens et glaner de précieux renseignements sans pour autant passer pour un demeuré.
Regardant mes pieds, je lançai :
« On a quand même encore une marge de manœuvre, non ?
- Pfff ! Une marge de manœuvre ! On voit bien que vous n’y connaissez rien ! Le « blog news » bat de l’aile, c’est ça la réalité ! Les vues ne décollent pas, les posts sont polémiques, les coms sont des règlements de comptes, des blogueurs arrivent, d’autres se mettent à leur compte, on va droit au mur !
- Pourtant, c’est à la fois dynamique, humoristique et…
- Ecoutez, Pil, puisqu’il faut tout vous dire ! Prenez vos derniers articles : l’éphéméride, le saint du jour ! La sainte du jour ! Mais qui voulez-vous que ça intéresse, la vie des saints ? Mmmmh ? »
Je soupçonnai le chef de n’avoir lu que le titre et les premières lignes de mes derniers articles, ou pire, de n’avoir pas le sens de mon humour et d’avoir tout lu au premier degré. C’était inconcevable… Je savais aussi que le chef avait LA solution en tête, mais qu’avant de la proposer, il voulait voir ce que ses employés pouvaient éventuellement suggérer comme idée. A partir de ce moment, chacun devait tenir son rôle, et moi le mien du mieux que je pourrai.
« Et si on publiait un tableau du légionnaire du mois ? Avec ses statistiques personnelles, sa participation aux marches forcées et aux batailles rangées, sa régula…
- Bien sûr ! Pour provoquer des tensions, des jalousies ? Mais vous êtes inconscient ? Vous voulez aller bosser chez Voicix ou Galaeus ? »
Oups ! Ca partait mal… il fallait vite changer le fusil d’épaule et trouver un semblant d’idée qui serait moins mauvaise, mais qui n’aurait malgré tout aucune chance de trouver grâce aux yeux du chef…
« Et si on créait un concours de pronostics sur les courses de légionnaires ? On pourrait appeler ça le PMU : Pari sur le Momentum Unitaire. Il suffirait aux joueurs de trouver le vainqueur de chaque course pour gagner des sesterces… Une partie seulement des enjeux seraient redistribués aux gagnants et les sommes engrangées permettraient de…
- Tout cela n’engendrerait que magouilles et tricheries ! Et puis pensez un peu aux tomates, qui s’en mettraient plein les poches ! »
Là, il fallait avouer que le chef n’avait pas tort, ce qui était en adéquation parfaite avec le précepte n°1 « Le chef a raison. Toujours. »
Je me lançai à nouveau, pressentant que forcément après cette troisième tentative irrémédiablement vouée à l’échec, le patron me livrerait SA solution et me renverrait séance tenante à mon boulot avec un cahier des charges draconien.
« On pourrait proposer un pack de jeux sur les batailles rangées. Comme nom, je verrais bien « la Légionnaire des Jeux ». Le principe serait de remplir des grilles concernant des données complètement aléatoires : le nombre de légionnaires présents, le score de chaque armée, le pourcentage de…
- Encore des jeux ! Vous trouvez qu’il n’y en a pas assez sur le site ? On n’est pas à Vegas, ici ! »
Puis il me toisa quelques secondes en dodelinant de la tête et reprit :
« Vous savez ce qui intéresse la plupart des légionnaires ?
- La culture ? Le sport ? L’actualité ? Les chansons ?
- … (même quand il ne disait rien, le chef le disait fort)
- Le cinéma ? L’échange ? La convivialité ? L’esprit de compétition ? La puissance ?
- Noooon ! Vous n’y êtes pas ! Ce qu’ils veulent c’est du cul !
- Euh … du Q ?
- Parfaitement, du cul ! Papier, crayon, article ! On boucle à 22 heures, je veux votre article sur mon bureau virtuel à 20 h 10 pétantes ! Sinon je vous colle à la rubrique des centurions usurpés…
- Oh non ,chef ! Pas les centurions usurpés...
- Z’êtes encore là ? »
J’étais plus que perplexe en sortant du bureau du chef et en regagnant le mien. Je me surpris à penser que le boss avait pété un câble et que sur ce coup-là, il faisait fausse route… Et je constatai malgré moi que j’adoptais le même comportement que mes prédécesseurs : pas un mot, visage fermé et au boulot…
Quelle idée bizarre que de vouloir faire un article sur le Q ! Dire que les autres étaient en train de plancher sur des sujets plus ou moins incongrus… Piqué par la curiosité, je me tournai à gauche et apostrophai Bishopkiller :
« Psst ! Bishop ! Le chef, il te fait travailler sur quoi ? »
Bishop leva doucement les yeux du dernier roman de Jules Verne récupéré dans son grenier et soupira :
« Le hasch…
- Le H ? »
Je me tournai alors à droite et posai la même question à Kenobus, qui délaissa pour quelques secondes son « Guide du Verbicruciste – Force 7 » pour me répondre :
« Le thé…
- Le T ? », répétai-je bêtement, éberlué. Mais, l’heure tournait, il ne fallait pas perdre une minute, une seconde…
C’était incroyable, grotesque, surréaliste. Le chef voulait il tirer de nous la substantifique moëlle du blogueur en nous proposant des sujets aussi farfelus ? Je me retournai et après une légère hésitation, demandai à Avodyenne sur quel sujet le patron la faisait bosser. Elle murmura :
« Le dé …
- Le D… » repris-je avec fatalisme.
Il n’y avait plus qu’à plancher…
A 20 h 10, toujours dubitatif, j’envoyai mon article au boss :
Le Q
Le Q est la 17ème lettre de l’alphabet français, entre le P et le R, et la 13ème consonne.
Sauf si le Q est placé en fin de mot ou s’il s’agit d’un emprunt à une autre langue, dans les mots en français, il est toujours suivi d’un U (coq, cinq, qat, quinquagénaire...)
En morse, le Q s’écrit : --.-
Dans l’alphabet radio international, le Q correspond à l’épellation Québec.
En patois vendéen, le Q se prononce « tchu ».
En mathématiques, le Q représente l’ensemble des nombres rationnels.
Les Rolling Stones ont chanté « Suzy Q »
Le Suzy Q est le nom d’un pas de danse
Q est un personnage récurrent de la série des films James Bond 007
Le petit q, ou q minuscule est le symbole du quintal, mais aussi de la charge électrique.
Les véhicules immatriculés au Qatar arborent le sigle Q
En informatique, Q est un langage de programmation
Le code Q est un code de radioamateurs
La fièvre Q (appelée aussi coxiellose) est une maladie qui se transmet de l’animal à l’homme
Le Q est l’abbréviation de la glutamine (acide aminé du code génétique)
Les Q sont des créatures de la série Star Trek, vivant dans le continuum Q
Visitor Q est un film japonais de 2001
Maggie Q est une actrice et un top model
Rideau !