Afin de bien préparer votre séjour en Belgique, il semble important de consacrer plusieurs leçons à la nourriture, qui si par le goût ressemble fort à sa sœur française, de part son vocabulaire s’en détache un peu.
En Belgique, vous déjeunerez les matin, vous dînerez à midi, prendrez éventuellement un goûter vers 16h et vous souperez le soir.
Si vous êtes pressé, prenez votre repas dans une friture (friterie). Les meilleures fritures sont appelées fritkot à Bruxelles et baraques à frites en Wallonie. Il s’agit le plus souvent d’une caravane transformée (je mets au défi quiconque d’encore la tracter !). Mais les pompiers belges n’étant pas folklore (non je déconne ami pompiers, c’est vrai que la sécurité n’a aucun prix), c’est en train de disparaître au profit de structures plus sécurisées dans des bâtiments « en dur ».
La star locale est bien sûr la frite. Une frite belge est (pour bien faire) cuite dans un mélange de graisses animales (60% de blanc de bœuf, 30% de saindoux de porc et 10% de blanc de cheval, recette donnée dans le film Camping Cosmos). Une vraie frite belge ne se cuit pas dans l’huile végétale que diable ! Une vraie frite belge est cuite deux fois dans des bains de graisse fondue à deux températures différentes. L’un autour de 165-170 (cent septante) degrés (pour la cuisson), l’autre autour de 185-190 (cent nonante) degrés (pour être bien croustillante).
Histoire de bien équilibrer le tout, hors de question de mettre de la moutarde (ça va pas la tête ? c’est bien trop diététique).
Sauces : les valeurs sûres : mayonnaise, andalouse, samouraï, américaine, barbecue. Le ketchup et le curry ketchup sont également très demandés. Lesquelles connaissez-vous en France ? Il me semble que vous ne connaissez ni l’andalouse, ni la cocktail mais je peux me tromper.
Anciennement, le piccalilli (pickles) britannique avait la côte, mais il me semble sur le déclin.
A Liège, vous trouverez également la fameuse sauce lapin, à base de sirop de Liège et qui se consomme chaude.
Viande : rien de tel qu’une bonne crasse pour accompagner vos frites. A noter que le terme viande ne présume en rien de la composition de votre mets. La star des crasses est la fricadelle, seigneur des friteries. La fricadelle (ou fricandelle) est une espèce de saucisse recomposée. La composition de la fricadelle est assez incertaine, ce qui n’empêche que ça a bon goût de ses exhausteurs. D’ailleurs, si on savait ce qu’on y met vraiment dedans, on n’en mangerait plus. La fricadelle est au bifteck ce que le surimi est au filet de sole. Pour changer, vous pouvez enrober votre fricadelle de chapelure, vous obtiendrez une viandelle (admirez au passage notre sens de l’auto-dérision typiquement belge).
Vous pourrez également goûter un poulycroc. C’est également une saucisse recomposée entourée de chapelure, mais là vous avez une certitude : c’est du poulet.
Pour faire exotique, prenez un loempia (prononcez ça loum-pia), c’est une sorte de rouleau de printemps, mais on a gardé le nom hollandais.
Enfin, à Liège, je vous recommande de choisir le boulet sauce lapin chaude (encore cette sauce ?). Le boulet, c’est facile, c’est une grosse boulette de viande (de la vraie viande hachée !). Et la sauce lapin (ou liégeoise) je vous l’ai déjà expliqué.
Si vous êtes téméraire, vous prendrez peut être une mitraillette. N’ayez pas peur, il ne s’agit pas de commettre un hold-up. La mitraillette est peut-être en train de devenir la quintessence de la crasse belge. Je crois que vous appelez ça sandwich américain chez vous (mais si vous demandez un sandwich américain chez nous, vous aurez un sandwich avec du tartare).
Elle est également appelée routier à Liège (ah oui faudra que je fasse une leçon consacrée aux Liégicismes).
La mitraillette est un morceau de pain français (une baguette quoi ! voir une prochaine leçon où je vous conterai une anecdote vécue à Givet) que vous tartinez d'une sauce au choix (pas de moutarde, voir ci-dessus). Vous ajoutez ensuite une « viande » au choix (voir plus haut) et vous parsemez le tout de frites. Le comble du chic est de manger d’abord les frites mais d’en laisser un peu pour finir le sandwich (certains de mes amis belges ne parviennent pas à mélanger pain et frites, ça demande une certaine préparation mentale). Parfois on peut mettre des crudités en plus, mais ça devient alors beaucoup trop diététique, donc à proscrire.
Boisson : la Jupiler (la reine des bières pils) en cannette pour les alcoolisées ou le coca (pas light) pour les NA (mais ça vous connaissez le coca, ils vous ont envahi aussi non ?) sont les stars du marché.
Bonne digestion à tous, et à bientôt pour une nouvelle leçon du « Belge sans peine ».