Fin de l’épisode précédent : jugeant que le physique d’Alcide peut désormais lui permettre d’entamer sa carrière de héros, Héra décide d’organiser au palais de Tirynthe une grande fête en l’honneur de ses 18 ans, au cours de laquelle il pourra enfin revêtir solennellement son nouveau nom d’Héraclès.
Ainsi donc se préparait au Kabanon, le palais royal de Tirynthe, une soirée fastueuse pour célébrer le dix-huitième anniversaire d’Alcide et sa promotion au rang d’aspirant héros.
Le grand jour était arrivé : une armée d’esclaves entassait sur d’immenses tables les mets les plus rares et les plus recherchés de l’époque : kavyar d’eskargo, vomi de chèvre au miel de bigorno, tétines de truite fumées au chanvre indien, testikules de fourmi farcis, brochettes d’anus de rossignol au salammbô, d’innombrables sortes de viande et de poisson, des montagnes de fromages, des Everest de gâteaux, le tout arrosé par le plus raffiné des hydromels de chez Phochon.
Héra avait réservé le plus célèbre des orchestres du moment (pourquoi se gêner, c’est Amphitryon et Alcmène qui réglaient la note), le Kakochym Orkestra, largement en tête du bichopekillère (ancêtre tirynthien du hit-parade) et régulièrement encensé par Oyaxos, grand critique musical de l’époque, très porté sur le style 3M (Métal Mou tendance Musette) pratiqué par nos musiciens.

La chose s’annonçait donc sous les meilleurs auspices mais tourna vite au fiasko : Alcide, déjà bien imbibé d’hydromel trois étoiles trouva très drôle de caricaturer la tenue, la kouaffure et le maquillage de Baachelô, une divinité plus que secondaire qui assistait Asclépios pour des tâches obscures comme les khâmpagnes de vaksination, la réduction des dépenses des médikastres et autres mortikoles, l’éradication des hôpitos et queue de rat et queue de rat... Ses épiclèses les plus connues étaient : Baachelô Lècheknémide et Baachelô Harpâgone.

Notre sous-déesse prit fort mal la chose et s’en prit à Héra avant de claquer la porte avec force imprécations et malédictions. Laquelle Héra, bien que détestant Baachelô comme tout le monde, dut par solidarité divine gifler copieusement Alcide en public et renoncer à la cérémonie du changement de nom.
La journée du lendemain n’allait pas arranger les choses : le réveil d’Alcide, toujours pas Héraclès, fut des plus pénible après son ingestion massive d’hydromel et d’hâbrulé (alcool typiquement tirynthien) de la veille..

C’est dans la matinée qu’après une remarque critique de Linos, son professeur de musique, il se rua sur lui et lui fracassa le crâne à coups de lyre.
- Tiens ! pôvkhôn, faut pas me chercher quand je suis d’humeur massacrante !
Et de filer chez l’apothikère avaler un alkaseltzère pour soigner sa gueule de bois.

Malgré les soins éclairés de Podonion, le médecin du palais, qui tenta la trépanation de la dernière chance, Linos rendit l’âme subséquemment et concomitamment.

Certes, à cette époque, la musique n’adoucissait pas encore les moeurs comme de nos jours, mais l’affaire fit néammoins grand bruit. Linos n’était bien sûr qu’un simple pédagô, mais outre le talent qui en faisait le professeur d’Orphée, il était le fils de Calliope, l’une des neuf muses, et donc petit-fils de Zeus. L’infortuné couple royal était donc dans ses petites kothurnes...
- Non Mémène, ne commence pas, ce coup-ci il y a droit, par les génitoires d’Ouranos ! Pas plus tard que tout de suite, dékapitation illico hic et nunc et toute cette sorte de choses. Suis tellement en rogne que j’y parle latin maintenant !
- Mais Phiphi, tu peux pas dékapitationner le petit-fils de Zeus ! Ça va nous attirer que du malheur ! Si qu’on le chassait loin d’ici, on dirait aux feuliques de la polis qu’on sait pas où il est, comme ça on laisse Zeus régler le problème...
- Ah ! Mémène tu es toujours de bon conseil, faisons-y comme ça, mais tout de suite.
Adoncques ainsi firent-ils sur l’heure, Alcide ramené au Kabanon par Mânu et Militâri, se vit ordonner de quitter les lieux et d’aller à la campagne garder les troupeaux du roi.
Le calcul était bon : Zeus oublia vite l’affaire et Mémène, avec force paires de poulets, une petite esclave délurée et deux petits garçons du même métal parvint à circonvenir le juge qui acquitta Alcide au nom de la légitime défense ! Eh ! oui, déjà...
Les débuts d’Alcide dans l’élevage furent difficiles...

Mais pourtant cet exil forcé marque avec son premier pseudo-exploit le début de sa carrière ‘héroïque’. Notre crétin vaniteux et hâbleur se vanta urbi et orbi d’avoir, au bout de cinquante jours de traque, abattu un lion monstrueux qui hantait le mont Cithéron. Ce n’était en fait qu’un énorme lapin crétin mutant tout à fait inoffensif, mais le mythe était sur les rails.

Or près du mont Cithéron s’étendait le royaume du roi Thespios, affligé de cinquante filles jumelles laides comme des culs de singes et qui désespérait d’avoir un jour des petits-fils pour perpétuer sa lignée. Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Sous prétexte de le féliciter de son exploit, il invita le bas du front au palais et lui jeta dans les bras l’une des ses filles.
Alcide, que sa découverte des choses de l’amour avec Éthanoïque avaient rendu relativement difficile à dégoûter, sauta sur la chose avec appétit mais sans renier toute prudence : méfiant car il craignait la vengeance de la famille de Linos, il imposa à la créature un mot de passe qu’elle devait prononcer à la porte de sa chambre après avoir nuitamment frappé : Alcide criait :
- Oυκ έλαβoν πόλιν
Et elle devait répondre
- αλλα γαρ ελπις εφη κακα **
À la suite de quoi il lui ouvrait et se jetait sur elle comme un bousier sur sa proie.
Or donc, tous les soirs, une soeur différente se présentait avec le mot de passe et notre crétin, n’y voyant que du feu, finit par les engrosser toutes à la grande joie d’Hesthios.

Quelque temps après, Alcide (qui avait retrouvé quelques forces), croisa le chemin d’une délégation du roi Erchinos venue réclamer au roi Créon, un voisin de Tirynthe, sa redevance annuelle. Toujours aussi primesautier, notre délicieux garnement tombe sur le dos des envoyés d’Erchinos, et après les avoir roué de coups, les renvoie chez eux avec nez et oreilles enfilés autour du cou en guise de collier. Erchinos, un peu mécontent, attaque Tirynthe et ramasse une belle tripotée mais Amphitryon est envoyé ad patres au cours des combats, exit le Phiphi à sa Mémène. Créon reconnaissant donne pour épouse à Alcide sa fille Mégare. Et c’est tout pour aujourd’hui...

- Ben et alors ? Quand c’est-y qu’il arrive Héraclès ?
- Patience, comme disait Kipling « ceci est une autre histoire » , que je vous dévoilerai pitêt dans le prochain épisode, finement intitulé : « Héraclès : ad augusta per pugilat ».
*Pour les non latinistes, allusion à une phrase célèbre de Cicéron « Puer, abige muscas... », enfant, chasse les mouches...
** Vieille plaisanterie éculée de potache helléniste : cette phrase de Xénophon : «Oυκ έλαβoν πόλιν αλλα γαρ ελπις εφη κακα , ils ne prirent pas la ville, car l'espérance est cause de mauvais effets » peut être transcrite phonétiquement : Ouk elabone poline ala gar elpis efè kaka et donc pour la plus grande joie des collégiens : Où qu'est la bonne Pauline ? A la gare, elle pisse et fait caca.











